mardi 9 décembre 2008

5ème

Il y avait un groupe de filles dans la classe. Mes copains et moi nous rapprochions d’elles et je vivais mes premières conversations « d’ado ». Ça parlait de sortir avec l’une ou l’autre et autres sujets "de grands". Et puis un lundi matin, j’appris que tout le groupe était sorti le samedi sans m’en parler et ils me firent comprendre que je ne faisais pas partie du groupe. Depuis, les filles s’acharnèrent contre moi. J’étais « le pot de colle » comme disait Julie, l’une des filles du groupe. Ludovic et Sébastien me laissèrent tomber et s’amusaient à m'insulter car ça pouvait les rendre plus "virils" ou attrayants devant les filles. Un matin, alors que je parlais dans la cour avec d’autres, les filles arrivèrent en groupe avec de nouvelles recrues venues d’autres classes. Elles s’approchèrent pour me parler et l’une dit en me désignant et en mimant des gestes efféminés : « C’est lui le pédé ! ». Toutes me regardèrent comme une bête de foire. Tout d’un coup, c’est comme si un coup de tonnerre éclata dans ma tête. Le cauchemar recommençait. Les élèves continuèrent de m’insulter et de me rejeter. Deux garçons de ma classe, Guillaume et Vincent se faisaient un poing d’honneur à me « casser la gueule » à la fin de l’année scolaire. Ils m’expliquèrent qu’ils allaient « se lâcher » et que je paierai.

L’année scolaire continua, les insultes et les rejets faisaient partie du programme. Je ne dis jamais rien à personne, ni pour me confier (car à qui aurais-je pu le faire ?), ni pour faire taire. Je me posais juste une question, pourquoi on me fait ça ? J’avais une passion pour le dessin et même la prof, Madame B. m’avait dans sa ligne de mire. Alors que mes travaux étaient avec du recul pas trop mal, elle se faisait un malin plaisir à me descendre. Un jour, j’avais décidé de participer à un concours organisé par l’école et la ville, il fallait dessiner un paysage sous-marin. Quelques semaines plus tard, Madame B. me prit à part dans la cour de récréation pour me donner un cadeau en m’annonçant que j’avais gagné le deuxième prix. Elle me remit un poste-radio soigneusement emballé : « Peut-être que tu aurais préféré que ça soit le directeur qui vienne de le remettre devant toute la classe ? » me dit-elle en souriant. Je répondis évidemment oui. « Et ben non, c’est comme ça… » conclue-t-elle avant de partir avec un sourire en coin.

Après une deuxième classe de 6ème avec des résultats corrects, les résultats de ma 5ème se sont une nouvelle fois écroulés par un manque de travail et de sérieux de ma part. La fin d'année fût sans appel, l'école ne voulait plus de moi. Mon père, tenta de me faire repêcher au conseil de classe en vain. Mon professeur principal annonça à haute voix devant toute la classe que j'étais viré. Certains ricanèrent sans discrétion. Assis sur une chaise au premier rang, je me revois lever les yeux vers le plafond pour éviter de faire couler mes larmes. Ma voisine de classe me regarda d'un air compatissant.

L'année scolaire s'acheva... et il fallu me trouver une nouvelle école.

CAMP DE VACANCES

L’ambiance scolaire n’était pas au top, j’étais toujours tout seul, on se moquait de moi mais les notes étaient pour une deuxième 6e, plutôt correctes et on me fit passer en 5ème. Les jours rallongeaient, il faisait de plus en plus chaud et un nouvel été pointait le bout de son nez.

Mes parents n’ont jamais roulé sur l’or mais je ne manquais de rien. Mes grands-parents avaient acheté un bel appartement dans une résidence de vacances assez luxueuse et moderne pour l’époque et nous nous y rendions tous les ans pour 15 jours. Mais deux semaines de vacances sur un été, ça passe vite pour un gamin et mes parents décidèrent de m’inscrire au centre aéré sitôt rentrés. Le centre n’était pas très loin de la maison, mon père me déposait tous les matins avant d’aller bosser. Le centre était en fait une école maternelle, avec un terrain de sport et une grande salle couverte. Ce mois fût encore douloureux pour moi car une fois de plus, je me retrouvais de côté. Allez savoir pourquoi, je n’arrivais pas à me faire des amis, j’avais sympathisé avec Jérôme mais celui-ci se retrouva happer par un groupe, qui me rejeta aussitôt. Être tout seul, être celui qui, une fois de plus, reste le dernier choisi quand on doit faire des équipes pour un jeu, être celui qui est seul à la cantine car personne ne vous attend pour manger ni vous fait une place quand vous arrivez.

Je me souviens avoir beaucoup pleuré et insisté auprès de ma mère pour ne plus y retourner.

L’été se termina et l’odeur des crèmes solaires fût remplacée par celle des mines de crayons. Une nouvelle rentrée m’attendait….