jeudi 21 juin 2007

"HEY PEDE !"

L'année scolaire suivait son cours et les insultes s'amplifièrent. Aurélie et Cécile continuaient leurs insultes sans raison et les "pédés" fusèrent sans cesse. Ce "jeu" motivait d'autres élèves et surtout les filles, qui à leur tour s'engagèrent dans la course. Pas un jour de répit et n'importe quelle occasion fût bonne pour me le lancer à la figure. Alors évidemment la première question que je me posais fût de savoir que ce que voulait dire "pédé". Bien sûr, à cet âge, on apprend les choses très rapidement et j'appris la signification très vite même si néanmoins, je ne compris toujours pas pourquoi on m'insultait de la sorte.

Un jour, lors d'un cours d'éducation civique, j'étais fier d'avoir trouvé une brochure en rapport avec la leçon du jour et venant de la mairie de ma ville. La prof prit la brochure pour la montrer aux autres et fit passer l'objet de mains en mains. Le soir, dans ma chambre alors que je rangeais mes affaires pour le lendemain, j'ouvris la brochure et aperçu en première page un "PD" inscrit au crayon à papier. J'ai alors reconnu au premier coup d'oeil, l'écriture arrondie d'Aurélie.

Curieusement, les garçons ne rentraient pas dans ce jeu gratuit sauf lors des éventuelles altercations qui étaient prétexte à m’envoyer le mot maudit à la gueule.

Je n’avais pas beaucoup d’amis à cette époque et se rendre à l’école était devenu un fardeau.
Pour ne pas arranger les choses, je n’étais pas bon élève. Je n’avais aucune motivation pour rien et les devoirs étaient bâclés. La question que je me suis souvent posée était de savoir si mon mal-être était en rapport direct ou non avec mon échec scolaire. Ainsi, je me faisais insulter le jour par les élèves et engueuler le soir par les parents qui me considéraient comme « un nul ». Je n’ai jamais parlé de ces insultes à mes parents, ni amis ou professeurs. Je le gardais pour moi et j’encaissais sans rien dire.

Un soir, juste après les cours, je me tenais debout dans le préau à attendre mon père ou ma mère qui devait venir me chercher. J’étais seul et je lisais le panneau d’informations accrochait sur le mur. Quelques secondes plus tard, Cécile arriva, son cartable sur le dos et me regarda. Elle marchait vers la sortie et m’insulta, le sourire aux lèvres : « P’tit pédé, p’tit pédé, p’tit pédé… ». Je ne dis rien, je fis semblant de ne rien entendre tout en continuant à lire les notes sur le mur.

Je me suis souvent remémoré cette scène, elle me hante presque. Quand j’y repense, j’ai des envies de violences terribles : je me vois pousser cette fille, je me vois lui fracasser la tête contre le mur pour la faire taire et pour lui effacer ce sourire avec lequel elle m’insultait.

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