En ce matin de septembre, je me souviens avoir été très nerveux mais aussi content. Content de retrouver une nouvelle école avec un cursus "normal", content de partir loin des insultes et moqueries de mon ancien collège, mais stressé de voir où j'allais atterrir. J'étais contrarié aussi à l'idée de changer mes petites habitudes. En effet, depuis la maternelle, je déjeunais tous les midis chez mes grands-parents et j'y retournais le soir vu qu'ils habitaient à côté de mon école. Désormais je devais me débrouiller tout seul. Quand je partais le matin à vélo, ce que je redoutais le plus, c'était de croiser dans la rue principale, la voiture des parents de Paul et Nicolas. Ils empruntaient la même route pour se rendre dans leurs écoles et quand ils me doublaient, ils klaxonnaient en me faisant des grands signes. Rien de bien méchant me direz-vous. Sauf qu'un jour mon grand-père me confia que j'étais devenu pour leurs parents, le mauvais exemple à ne pas suivre : "Si tu continues à rien foutre à l'école, tu finiras comme lui... tu deviendras un nul comme lui...". Mon père l'avait su et du coup, répété à mes grands-parents. Ce jour là, j'ai encore pris un coup de massue sur la tête quand mon grand-père me confia l'anecdote dans la véranda. Du coup, je ne voulais plus voir personne, j'avais honte. Chaque fois que je croisais la voiture de Paul et Nicolas, je m'imaginais que derrière les sourires et signes, ils se disaient "tiens, voilà le nul qui doit pédaler pour aller à l'école car il a été viré de son ancienne école comme une merde !".
L'ambiance dans ma classe était correcte au début mais se détériora par la suite. Je n'avais toujours pas de véritable ami, pas de groupe fidèle avec qui discuter. Un jour, un élève m'insulta de "pédé". Le cauchemar recommença, j'étais effondré. Je me suis demandé alors s'il s'agissait d'une malédiction. Je n'avais pourtant rien fait, rien dit. Les insultes et plaisanteries douteuses s'intensifièrent. Une fois de plus, j'étais seul. J'avais bien tenté d'inviter quelques "potes" un samedi après-midi pour jouer à la console de jeux, ma mère allant jusqu'à venir dans la chambre, pour nous servir boissons et gâteaux sur un plateau mais rien ne changea. J'appris quelques jours plus tard que le groupe se voyait sans moi le reste du temps et l'un d'eux m'expliqua qu'il n'y avait assez de place chez lui pour m'inviter à jouer.
En milieu d'année, la prof d'anglais nous annonce qu'un échange linguistique aura lieu avec une ville d'Angleterre, jumelée avec la notre. Mes parents donnent le feu vert pour l'échange et j'attends avec impatience des nouvelles de ma correspondante : Karen. Des nouvelles qui n'arrivèrent jamais... elle ne m'a jamais écrit. Nous partons donc pour la Grande-Bretagne, je fais enfin connaissance avec la fameuse correspondante, qui ne parle pas français et qui ne semble porter sur moi, aucun intérêt. Aucune discussion, aucun échange, des petits déjeuners composés de coca et d'un biscuit, des sorties nocturnes qui se limitent à son club de baby foot avec ses potes alcooliques... là aussi, j'ai tiré le gros lot ! Pour arranger les choses, un soir, lors d'une sortie de groupe, des élèves (que j'avais invité chez moi à jouer aux jeux vidéo) m'annoncent qu'ils ont dit à leurs correspondants que j'étais "pédé". "Ouais, on a dit que t'étais pédé, c'est drôle non?". Ils étaient autour de moi et riaient, j'ai juste répondu en souriant maladroitement "ah ah, vous êtes cons...". Que dire de plus ? J'avais juste envie d'être seul et partir me réfugier pour sangloter.
Au cour d'une soirée avec les autres élèves, une anglaise, Emma, et accessoirement correspondante d'un élève de ma classe, semble vouloir sortir avec moi. "Moi?", moi le garçon qui n'intéresse personne et que tout le monde insulte ? La fille n'était pas forcement à mon goût mais malgré tout, je sentais mon coeur battre. Je réponds favorablement aux avances et nous nous donnons rendez-vous à l'extérieur, dans la rue. Nous nous embrassons et pour la première fois, j'expérimente le célèbre "french kiss". Ma première réaction était que la demoiselle n'avait pas un bon coup de langue mais j'étais content et fier de cette première expérience.
Le lendemain, mes "péripéties" de la veille ont fait le tour de la classe. Le soir, Damien raconte au groupe qu'il est séduit par ma "nouvelle petite amie" et se met en tête de me la piquer en me narguant. Mais une nouvelle que je n'attendais pas me vient vite aux oreilles : "la petite amie d'un soir" était, à priori, sous l'emprise de l'alcool et ne se rappelle pas être sortie avec moi la veille. Et à me revoir, je ne semble plus être à son goût... C'est donc l'hilarité générale et un nouveau coup dur pour ma personne.
Le voyage se termine enfin, je ne demandais qu'une chose, c'était de rentrer en France. Cependant, les derniers jours, je contracte un champignon en plein sur le bout du nez, une plaque rouge qui mettra des jours à partir. Ce qui provoquera à mon retour, un grand fou rire chez mes parents qui s'empresseront de faire circuler cette nouvelle ô combien importante. On ne cessera donc ensuite de me demander où je suis aller fourrer mon nez en Angleterre.
Les mois passeront, après quelques hésitations, j'accepterais tout de même de recevoir chez moi, la fameuse Karen qui ne fera guère plus d'efforts envers moi, ni envers mes parents. Au cours d'une soirée, j'essaye quelques approches avec deux anglaises, qui se révèleront infructueuses. Nous sommes en juin les anglais rentrent chez eux, je n'aurais plus jamais de nouvelles de Karen.
L'année scolaire se termine, avec des notes satisfaisantes, je passe en classe supérieure.
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire